
Par René Fallet
Germaine et Claude, paysans bourguignons aux ventres affamés et aux cœurs simples, mijotent leur soupe aux choux comme un rituel païen : louche de misère, assaisonnée de rires gras et de jurons fleuris. Leur cabane, niche à chiens humains, abrite un miracle : un extra-terrestre au teint verdâtre, atterri dans leur fosse d'aisances, qui échange choux contre savoir cosmique. Fallet, en conte rural de 1958 – primé Goncourt et immortalisé au cinéma en 1981 –, infuse à la Beauce un souffle d'absurde : où les soupes, élixirs alchimiques, dissolvent les frontières entre terre et ciel, et où Claude, philosophe aux godillots crottés, dialogue avec l'alien comme avec un compère de comptoir. Roman joyeux et tendre, La Soupe aux choux pulse d'une vitalité terrienne : dialogues ciselés comme des faux, descriptions olfactives qui chatouillent les narines, et un humour qui ronge les clichés comme un navet trop cuit. Œuvre culte, elle questionne l'humanité : extra-terrestre comme miroir déformant, et où la soupe, humble brouet, devient vin nouveau – métaphore d'une fraternité universelle, où les étoiles se noient dans le bouillon paysan.
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