
Par Bernard Clavel
Brassac, hobereau lyrique aux penchants bachiques, descend périodiquement de son domaine pour noyer ses tourments dans les fumées de la ville : verres frelatés, étreintes fugaces, et un excentrisme qui masque une âme en déroute. Revenant invariablement chargé de trophées canins – chiens errants comme métaphores de sa solitude –, il ramène cette fois une proie humaine : une jeune femme, ombre endormie cueillie dans l'ivresse mutuelle. Elle s'installe, sème le trouble dans la maisonnée délabrée – épouse résignée, meute hurlante –, et Brassac, entre coups de tonnerre divins et silences conjugaux, affronte le vertige de l'amour tardif. Clavel, en roman rural de 1967, dissèque l'homme mûr : où la passion, orageuse comme un ciel de Beaujolais, ébranle les fondations d'une existence sclérosée, et où la femme, énigme charnelle, devient le qui m'emporte – vent de renouveau ou tempête destructrice. Fresque lyrique et charnelle, Le Tonnerre de Dieu pulse d'une vitalité païenne : chiens comme chœur grec, et Brassac, figure dionysiaque, danse nu sous l'orage, où l'amour, foudre imprévue, illumine les abysses d'une vie en friche.
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