
Par Raymond Queneau
Cidrolin, reclus sur sa péniche amarrée au quai des Orfèvres, repeint inlassablement sa clôture souillée de graffiti obscènes – 'Zazie' ou 'Fou', signatures d'un fantôme taquin. De l'autre côté du temps, le duc d'Auge, chevalier errant, traverse les siècles en sauts de puce : 1264 chez Saint Louis, 1439 aux canons naissants, 1614 chez un alchimiste loufoque, 1789 dans les grottes périgourdines. Queneau, en roman-miroir de 1965, joue le palindrome temporel : deux récits alternés, où Auge rêve Cidrolin et vice-versa, questionnant l'identité comme un rêve chinois – papillon ou Tchouang-tseu ? Jeux de langage foisonnants – néo-français, argot historique, palindromes malicieux –, fleurs bleues comme myosotis de la mémoire, ou utopie romantique. Œuvre ludique et philosophique, elle dissèque le temps circulaire : où l'aventure médiévale rime avec l'ennui moderne, et où le hasard – ou le destin ? – tisse une tapisserie absurde. Chef-d'œuvre queneauvien, Les Fleurs bleues fleurit l'absurde en bouquet cosmique, invitant à rire des illusions chronologiques, où chaque page virevolte comme un pétale bleu dans le vent de l'Histoire.
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