
Par Marguerite Duras
S. Tahla, bal du casino de T. Beach : Lol V. Stein, adolescente aux yeux d'océan, voit son fiancé Michael Richardson ravi par Anne-Marie Stretter, femme mûre aux lèvres de fruit défendu, dans une danse qui la fige en statue de sel. Dix ans d'amnésie conjugale, d'enfants oubliés, puis retour au pays natal : Lol, fantôme errant, espionne Jack Perceval et Maria, couple charnel qui ravive l'extase perdue. Duras, en roman charnière de 1964, dissèque l'obsession comme un vide sidéral : où le ravissement – extase ou rapt ? – dissout l'identité, et où Lol, voyeuse passive, recompose son moi fracturé dans le regard de l'autre. Prose durassienne, épurée comme un ressac : phrases courtes qui claquent comme vagues, silences lourds de non-dits, et une écriture qui mime le trauma – répétitions hypnotiques, ellipses qui béent comme des plaies. Œuvre novatrice, influencée par le Nouveau Roman, Le Ravissement explore l'absence : Lol comme trou noir de désir, où l'amour, non possession mais vision, illumine les abysses de l'être. Roman-poème, il questionne le féminin : ravissement comme libération, et où la folie, fleur bleue dans le désert, fleurit en un cri muet, éternel.
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